Le congrès virtuel de la FAMEQ 2021 a été pour nous une magnifique opportunité de vous rencontrer, cher.e.s musicien.ne.s enseignant.e.s et d’en apprendre plus sur les principaux enjeux expérimentés auprès de vos élèves des milieux préscolaires jusqu’à collégial. Cela nous a permis d’orienter nos interventions de manière à ce qu’elles répondent à un réel besoin (vos observations) et qu’elles complètent ou précisent les interventions que vous avez développées auprès de vos musiciens avec l’expérience.

Dans cet article, nous revenons, dans deux parties distinctes, sur les principaux enjeux rencontrés concernant respectivement la posture et la respiration.

Posture :

Parmi les problématiques observées par les enseignant.e.s chez leurs élèves, la plus rapportée de toutes est sans aucun doute la “mauvaise posture”, traduite aussi comme un manque de tonus, un affaissement du dos, une position similaire à celle que l’on adopte devant la télé ou dans son sofa, etc. Ce défi concernant la posture assise observée chez vos jeunes peut être abordé selon différents points de vue, soit ceux de la physiologie, du comportement et de l’environnement physique dans lequel ils évoluent.

La physiologie : la croissance

Ce qui est intéressant à savoir au sujet de la posture des enfants et des adolescents c’est que leur corps subit continuellement des changements. La colonne vertébrale est en croissance constante d’environ 2,3 cm/an entre l’âge de 5 ans et la puberté (13-14 ans chez les filles et 15-16 ans chez les garçons), période où la croissance est accentuée avant de se stabiliser dans les 2 à 3 années suivantes (Diméglio, 2016). Ces changements posent un défi considérable d’adaptation au niveau du tonus vertébral.

L’environnement : un mobilier adéquat?

Un autre élément soulevé par quelques enseignant.e.s lors de la conférence-atelier est celui de la qualité des chaises à votre disposition, vous savez, celles dont le siège descend vers l’arrière? Revenons, un temps, avec le concept de la croissance. Changez-vous de chaises pour vos élèves du premier cycle et ceux du dernier cycle? Probablement que non. Le corps de vos élèves, de grandeurs variées, devra nécessairement s’adapter à la hauteur standard des chaises de votre local. Un siège trop haut va créer une instabilité au niveau du bassin qui se retrouvera à glisser vers l’avant de la chaise, le dos vers l’arrière, afin de pouvoir appuyer les pieds au sol. Un siège trop bas et/ou incliné vers l’arrière engendrera un dos voûté dû au bassin qui sera entraîné en rétroversion (comme être assis sur le haut des fesses). Retenez que la colonne vertébrale est liée au bassin au niveau du sacrum et que le positionnement de celui-ci affecte l’alignement de la colonne entière.

Le comportement : sédentarité, inactivité et attitude posturale

D’autres facteurs affectant significativement le tonus et le bon positionnement de la colonne en position assise sont le nombre important d’heures quotidiennement passées en position assise (à l’école et à la maison), en d’autres mots, la sédentarité, ainsi que le faible niveau quotidien d’activité physique chez les jeunes, un réel enjeu de société (Participaction, 2021). Tous ces facteurs entretiennent une attitude posturale d’affaissement vertébral à la Gaston La Gaffe. Plus le jeune est assis longtemps et souvent dans sa posture voûtée, plus cette attitude posturale s’imprime et devient celle de référence, d’où l’importance de leur expliquer ce qu’est une posture assise adéquate et comment la construire.

Qu’est-ce qu’une bonne posture assise?

La posture assise, souvent associée à la posture de repos, n’est pas aussi reposante qu’elle n’y paraît! En fait, la position assise repose les jambes mais est plus exigeante pour le dos que la position debout. Pour limiter la fatigue prématurée du dos en position assise, on cherche l’équilibre des tensions musculaires en conservant l’alignement des courbures vertébrales. Sans entrer dans les détails, vous devriez, en un coup d’œil, observer chez vos élèves (de profil) l’alignement de l’oreille au-dessus de l’épaule et au-dessus de la hanche. Attention, pour se faire, les hanches ne devraient pas être plus basses que le genou. Si c’est le cas, trouvez un moyen de rehausser l’assise. Par exemple: empiler deux chaises, s’asseoir sur un cartable ou un chandail plié, etc. L’alignement vertébral nécessite aussi un minimum de tonus volontaire.

Comment construire une position assise tonique?

Certains enseignant.e.s font lever leurs élèves en jouant, c’est une très bonne façon de stimuler le tonus vertébral et de surprendre ceux qui jouent complètement avachit sur leur siège. L’appui actif des pieds dans le sol stimule en fait les muscles posturaux de la colonne qui s’érigent tout en conservant l’alignement des courbures vertébrales. Sans devoir faire lever vos élèves constamment, ceux-ci devraient être prêts à se lever dès votre signal, les pieds déjà engagés dans le sol. On appelle cette position: la posture de travail (Mathieu, 2013). C’est elle et seulement celle-ci qui devrait être utilisée lorsque le musicien joue.

Alterner la posture de travail avec celle de repos

Afin d’optimiser l’endurance des muscles impliqués dans la posture de travail, il serait judicieux de reposer ceux-ci à chaque moment où le musicien ne joue pas, durant une période d’explications ou de travail avec un autre groupe d’instrumentistes que le sien par exemple. Pour se reposer, le dos doit pouvoir s’adosser au dossier de la chaise, les fesses bien reculées au fond du siège. N’oubliez pas vos percussionnistes (et autres musiciens debout), permettez-leur d’avoir une chaise où ils pourront adopter la posture de repos en temps opportun. Pour bien intégrer l’habitude d’alterner entre la position de travail et de repos, prenez un moment avec vos élèves pour pratiquer exclusivement cette transition (sous forme de jeux, ce sera plus agréable) afin qu’elle soit la plus efficace possible et revenez-y quand vous constaterez qu’ils l’ont délaissée.

En bref, adopter une bonne posture assise n’est pas aussi évident ou simple qu’on peut l’imaginer. Travailler la pratique d’un instrument dans une position assise optimale (position de travail) a non seulement le potentiel d’améliorer la qualité de jeu de vos musiciens, mais également de contribuer à les faire développer une meilleure attitude posturale dans leur vie en général.

Respiration

Une « mauvaise respiration » est la problématique la plus observée dans les classes. Étonnant n’est-ce pas, alors que l’on pourrait penser que respirer est un processus naturel (respiration passive ou de repos)? Malheureusement, jouer d’un instrument à vent demande une respiration active indispensable au contrôle du débit d’air.

Les types de respiration et leurs effets sur le jeu instrumental

Il existe trois types respiratoires (Rosset i Llobet & Odam, 2007) : claviculaire (haute), intercostale (moyenne) et abdominale (basse).
Lors d’une inspiration claviculaire, les épaules peuvent se lever et les muscles du cou se contracter. Moins efficace qu’une respiration abdominale quant au volume respiratoire, elle est peu recommandée dans le jeu instrumental. C’est souvent cette respiration qui est observée chez les vents. En effet, après avoir inspiré à fond, l’élève risque de bloquer l’air, de telle sorte qu’il puisse ouvrir la bouche sans le laisser échapper (apnée).
Le risque de cette pratique peut involontairement provoquer des réactions de blocage et de tensions, qui ne feraient que limiter le jeu instrumental en laissant entendre une sonorité forcée.
Lors d’une inspiration intercostale, c’est l’ensemble du thorax qui se gonfle activement grâce aux muscles intercostaux. Elle permet de prendre un volume inspiratoire plus important que l’inspiration claviculaire, mais peut augmenter, si utilisée seule, des tensions musculaires.
Enfin, lors d’une inspiration abdominale, le haut du ventre et la région de la taille prennent de l’expansion. En effet, à l’inspiration le diaphragme se contracte et s’abaisse, déplaçant les organes abdominaux vers le bas et les côtés puisque ceux-ci doivent trouver une place. La région abdominale n’ayant pour squelette que la colonne lombaire en postérieur, permets ce mouvement des organes vers l’avant et les côtés. Souvent, la première consigne est de demander aux élèves de gonfler excessivement le ventre, gage d’une bonne inspiration. Non seulement cela nuit à une prise d’air efficace, mais a également pour effet d’accroître la pression intra abdominale, ce qui peut engendrer potentiellement des risques sur la santé à long terme et un inconfort dans le jeu instrumental.

La quantité d’air

Quel que soit le type d’inspiration choisi, certaines personnes croient que plus elles emmagasinent d’air dans les poumons plus leur jeu instrumental en sera amélioré, ou encore pensent que puisqu’elles jouent d’un instrument à vent, il faut mettre beaucoup d’air dans celui-ci pour produire un son.
Cette technique de stockage, souvent enseignée, peut aussi traduire un manque de confiance, ou encore un stress non évacué, par la conviction qu’en stockant plus d’air, on va pouvoir jouer plus longtemps et projeter davantage.
Le corps réagit au meilleur de ses capacités quand il est détendu et en confiance. Une inspiration tonique et détendue sera donc préférable aux techniques forcées et stressantes.
Pour une production sonore efficace, il suffira donc de laisser le diaphragme se détendre à l’expiration et solliciter les muscles abdominaux et intercostaux pour contrôler le débit d’air (vitesse), sujet que nous traiterons dans un prochain article.

Expérimenter le débit d’air optimal

Sans offrir de recette miracle, utiliser le chant est une stratégie qui peut optimiser le jeu à l’instrument. Le but n’étant pas d’obtenir une justesse irréprochable, mais de faire fonctionner la mécanique respiratoire le plus naturellement possible. Chanter un son dans un registre médium va rarement demander à l’élève un effort expiratoire (visage rouge, épaules levées à outrance à l’inspiration, blocage de la respiration, etc.). Au contraire, l’élève expérimentera un air chaud soutenu sans effort précédé d’une prise d’air optimale. De plus, la projection sonore ne rime pas avec la quantité d’air expiré mais avec un tonus des muscles expiratoires plus prononcé.
Il suffira donc de reproduire ce “chant” dans l’instrument, ce dernier jouant son rôle d’amplificateur. L’objectif étant d’obtenir une vibration (lèvres, anches) la plus efficace possible sans contraction.
Bien entendu, plusieurs autres facteurs doivent être pris en compte comme la posture du corps, le positionnement de la langue et de l’instrument, ainsi que la pression de l’embouchure sur les lèvres ou des lèvres sur le bec, etc.

En conclusion, les problématiques posturale et respiratoire abordées dans cet article ont deux choses en commun: elles sont généralisées chez un grand nombre de vos élèves et sont souvent une réaction corporelle logique due au manque de connaissances anatomono physiologiques du corps-instrument qui ne sont malheureusement pas enseignées tôt dans le cursus d’apprentissage de la musique ni de l’enseignement de la musique. La première chose à garder en tête quand vous aurez à faire face à ces enjeux, c’est sans doute qu’il n’est pas si simple de savoir utiliser le corps adéquatement à l’instrument. Prenez le temps d’expliquer, de faire ressentir et d’explorer la posture et la respiration optimale pour le jeu instrumental. Ajoutez à cela des formations continues vous permettant d’approfondir vos connaissances du fonctionnement du corps musicien et vous constaterez la satisfaction d’être plus efficace dans vos interventions et d’atteindre plus facilement vos objectifs pédagogiques.

Pour ceux et celles ayant participé à l’atelier à l’automne dernier, n’hésitez pas à nous communiquer vos expériences terrain ou vos questionnements à l’adresse suivante: contact.axeom@gmail.com, nous serons ravis de vous lire! À tou.te.s les enseignant.e.s, nous vous souhaitons le meilleur début d’année 2022 auprès de vos élèves.

 

Références

DIMÉGLIO, A., BONNEL, F., CANAVESE, F. (2016). Le rachis en croissance In: VITAL, Jean-Marc (ed).  Anatomie de la conne vertébrale : nouveaux concepts. Paris: Sauramps Medical, p. 49-66.

Le bulletin 2020 de l’activité physique chez les enfants et les jeunes de participaction. Consulté le 28 décembre 2021 depuis: https://www.participaction.com/fr-ca/ressources/bulletin-des-enfants-et-des-jeunes

MATHIEU, M-C. (2013). Gestes et postures du musicien : réconcilier le corps et l’instrument. Saint Ismier : Format, 247 p.

Rosset i Llobet, J, & Odam, G. (2007). Le corps du musicien : manuel de prévention pour une pratique optimale. Montauban, France : AleXitère.