Savez-vous par quelle(s) structure(s) votre bras est rattaché à votre corps? Quand je pose cette question aux musiciens, rares sont ceux qui en connaissent la réponse. Étonnant, puisque ceux-ci connaissent et maitrisent mieux que quiconque l’extrémité opposée du membre supérieur : la main. Comment celle-ci arrive-t-elle à fonctionner adéquatement sans que nous comprenions ce qui la connecte au reste du corps? Nous verrons dans cet article en quoi cette information est essentielle à l’organisation optimale des gestes du membre supérieur.

Qu’est-ce que la ceinture scapulaire?

Tout d’abord, le terme scapula provient du latin et signifie épaule (Dufour, 2007). La ceinture scapulaire est donc la structure osseuse qui connecte les membres supérieurs au tronc (figure 1). Elle est composée des omoplates qui s’articulent aux clavicules qui sont quant à elles également connectées au sternum (Callais-Germain, 2002). L’os du bras (humérus) est suspendu à l’extrémité latérale de cette ceinture via l’omoplate. Grâce à ces différents relais articulaires qui prennent racine au niveau du sternum, le complexe articulaire de l’épaule (qui englobe la ceinture scapulaire et l’humérus) bénéficie d’une mobilité inégalée dans tout le corps humain.

Cette ceinture qui prend uniquement racine à l’avant du thorax est disjointe, donc complètement libre à l’arrière. C’est pourquoi la musculature de la ceinture scapulaire est essentielle au maintien et à la coordination de cette structure des plus mobiles. D’ailleurs, l’omoplate s’articule au thorax par une articulation hors du commun. Sans contact osseux, elle présente un plan de glissement strictement musculaire. Ces nombreux muscles rattachent l’omoplate au tronc en s’arrimant dans toutes les directions : à la base du crâne, aux vertèbres du thorax et du cou, aux côtes antérieures et postérieures, et finalement aux bras. (Chamagne, 2003)

Le rôle de la ceinture scapulaire

Il y a 3 millions d’années, l’australopithèque a redressé son regard, pour voir plus loin, et a libéré ses membres antérieurs de la locomotion. Cela a initié le mode bipédique et le développement de la main-outil (Dufour, 2006). Le rôle de la ceinture scapulaire chez l’homo sapiens est de projeter la main dans l’espace. Philippe Chamagne, un des premiers kinésithérapeutes français reconnus pour ses recherches au sujet de la ceinture scapulaire chez les musiciens, la décrit telle « une architecture qui porte le bras » (Chamagne, 2003 p.50). Attention : pour agir efficacement, elle doit s’appuyer sur la stabilité de l’axe fonctionnel que représentent la colonne vertébrale et la cage thoracique (Chamagne, 2003), d’où l’importance d’une posture adéquate à l’instrument.

Applications fonctionnelles aux musiciens

Marie-Christine Mathieu le résume bien dans son livre Gestes et postures du musicien : « Sans l’épaule, la main n’est rien. » (Mathieu, 2013, p. 75).

Cette main, si importante aux musiciens, ne fonctionne pas seule. Son agilité et l’effort optimal déployé pour sa gestuelle sont intimement liés à la liberté de mouvement à l’épaule. Alors que les muscles stabilisateurs de l’omoplate ont pour fonction d’assurer un point d’ancrage à la racine du bras, les muscles qui mobilisent l’humérus permettent une grande mobilité du bras dans toutes les directions. Ces derniers dépendent toutefois de l’efficacité des premiers. Sans cela, des compensations ou attitudes contradictoires s’installent dans la région du complexe articulaire de l’épaule (c’est du moins ce que je constate dans ma pratique clinique).

Chez les musiciens qui consultent pour des problématiques affectant les membres supérieurs, le manque de tonus conscient et volontaire dans la région de la ceinture scapulaire (par manque de connaissance de l’organisation fonctionnelle de cette région du corps) occasionne fréquemment le verrouillage de l’articulation de l’épaule, ou scapulohumérale (jonction entre l’humérus et l’omoplate) pour être plus précise : comme si le bras, n’étant pas soutenu efficacement à sa base, se voit être tenu en fixité par les muscles mobilisateurs de l’épaule. Ces muscles, conçus pour mouvoir l’articulation la plus mobile du corps humain, rappelons-le, se figent alors dans un rôle stabilisateur et privent les articulations subséquentes de la liberté de mouvement nécessaire au geste musical optimal. S’ensuit un effort excessif de la musculature du bras, de l’avant-bras et de la main qui doit travailler contre une énorme résistance. En plus des tensions excessives, cela crée une impression que c’est la main qui se déplace par elle-même, entrainant le reste du membre supérieur dans son élan. Sur le plan anatomique toutefois, l’organisation des muscles et articulations dans les membres – plus forts et plus puissants à la base et de plus en plus f ins vers les extrémités – prédispose aux mouvements dits proximaux-distaux, c’est-à-dire initiés à la racine et terminés à l’extrémité (pensez au mouvement de lancer une balle, par exemple).

Retenez que pour exprimer finesse et précision, la main doit nécessairement être déplacée par un bras libre de ses mouvements, depuis l’épaule jusqu’au bout des doigts. Et pour que l’épaule puisse bénéficier de mobilité (versus fixité) et transmettre celle-ci au reste du membre, la ceinture scapulaire doit lui offrir stabilité et support.

Félicitations! Vous venez d’éveiller la conscience de votre ceinture scapulaire. Maintenant tentez de conserver cette curiosité et cette attention lorsque vous vous installerez à l’instrument. Peut-être constaterez-vous que vous avez plus d’options de mouvement pour le bras tout entier? Pour ceux qui ont déjà entrepris une démarche de reprogrammation du geste pour le membre supérieur auprès d’un professionnel, vous savez qu’il n’est pas aisé d’activer d’emblée la ceinture scapulaire lors du geste instrumental. Toutefois, quelle satisfaction que de sentir l’allègement des tensions et une fluidité accrue du mouvement une fois l’organisation physiologique et la coordination articulaire du membre supérieur apprivoisées.

En terminant, saviez-vous que la ceinture scapulaire avait un rôle clé à jouer pour une respiration libre chez les instrumentistes à vents et les chanteurs? Thierry Champs vous en apprendra davantage dans un prochain article. Pour plus d’information ou pour un accompagnement personnalisé, écrivez-nous à info@axeom.ca